Bon, certain sont déjà au courant, mais faut quand même que je vous raconte tout ça. Alors ci-dessous le cop/col d'un mail envoyé sur une ML toulousaine...
C'était une belle journée de printemps, quoi qu'on en dise, et quoi qu'aient pu en penser les lopettes restés sous la couette à la vue des nuages noirs au loin. C'est vrai que sur l'autoroute en direction de Carcassonne, on ne savait pas trop si c'était du lard ou du cochon, ces nuages. Mais le sol était plutôt sec, et le moral au beau fixe, alors en avant moussaillon...
L'autobeurk, c'est chiant pour tout le monde, mais moi j'étais tout chose de retrouver la bécane après la trêve hivernale. D'autant qu'elle sortait de chez le mécano, synchro toute fraîche, boite à air aérée, bougies, filtre, tout le toutim, bref comme un sous neuf la brêle. Et elle respirait fort, ça faisait plaisir à voir.
Passée la corvée, on a quitté les grand axes pour prendre la direction de
St-Pons-les-Thomières (34) par la D620. Quelques belles boucles de ci de là jusqu'à Caunes-Minervois, sur une belle route de campagne, pas très viroleuse mais propre, au milieu des champs et des couleurs du printemps. Qui plus est, la pluie semblait vouloir nous épargner, et le sol était sec. Passé Caunes ça commence à tourner un peu plus et on attaque une petite route de montagne bien étroite, bien viroleuse, et bien défoncée comme je les aime. (dans le genre des Gorges du Tarn sur la D907bis entre Mende et Millau pour ceux qui connaissent).
La TL y fait vraiment merveille. Certes ce n'est pas un poids plume, mais elle se guide à la seule rotation du poignet, les suspattes avalent les bosses sans malmener le pilote, et malgré une trêve hivernale de presque 7 mois (la dernière balade en TL remonte à fin août), les sensations reviennent bien, tout roule vraiment parfaitement, c'est vraiment la banana gorda.
Y'a pas, la moto, c'est quand même un truc achte cool... Et puis la Montagne Noire, c'est pas dégueu non plus
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La preuve, ça ne réussi même pas à me gâcher le plaisir lorsque quelques km plus loin les gravillons, les feuilles mortes, et même les sapins (!!) s'invitent sous nos roues, en plus des traces d'humidité qui se font de plus en plus présentes. Alors, avec Pascal et Richie, on alterne virages pris à 1,5 à l'heure et sucettes en sortie ou tout-droits plus ou moins maîtrisés sur lits de gravillons. Et on avance, tranquillement, dans des conditions certes ni tip ni top mais bon, que voulez-vous, déjà il ne pleut pas, alors il ne faut pas trop en demander non plus...
Ceci dit ça ne dure pas, et on finit enfin par rattraper une route correcte en la personne de la N112 qui doit nous emmener jusqu'à Olargues avant de retrouver du virolo plus virolant.
La route est une nationale de zone montagneuse, c'est à dire qui tourne, mais pas méchament, du style de celle qui mène à Chambéry depuis Bourg en Bresse (N504 je crois). On reprend un rythme de croisière normal, mais sans plus. La route est humide, la température pas très haute, nos pneus pas franchement chauds, on est en mode "liaison". Calés sur un petit 100/110, tranquilou bilou.
On ne baille pas aux corneilles, certes, mais on enroule, tout simplement et sans prétention.
On arrive sur St-Pons. J'ouvre la route, Pascal me suit tranquillement, Richie ferme la marche. Et dans le dernier droite qui précède l'entrée du Bled, alors que je m'apprête à couper pour ne pas entrer en ville trop vite, je retrouve tout à coup cette sensation de rage, de frustration et d'injustice qui m'envahit chaque fois que je perds l'avant sans comprendre pourquoi...
Me voilà donc par terre, la moto qui glisse devant moi. Dans ces situations là, tout va très vite mais on a l'impression de vivre les choses au ralenti. Il y a une voiture en face, mais a priori ça devrait passer, elle est suffisament loin.
On se dirige avec la moto vers un fossé, il y a aussi un poteau et un arbre
juste derrière. J'essaie de lever les pieds pour me protéger de la moto, au cas où celle-ci ait la mauvaise idée de rebondir. Je ne la lache pas des yeux, et en même temps j'essaie de surveiller la bagnole, pour éviter le suracccident. Je perds la moto un instant de vue, et tout d'un coup arrivant dans le fossé je la vois soudainement se dresser en l'air et partir en saut périlleux. Là, en même temps que je flippe de me la prendre sur la tronche, le tiroir-caisse défile devant mes yeux en imaginant la facture. Mais, miraculeusement, elle ratterrit pile entre le muret et l'arbre. J'aurais voulu le faire exprès que même jamais je n'aurais oser y penser...
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De mon coté je fini "tranquillement" ma glissade sur le tapis de feuille morte. Et comme après chaque glissade jusqu'à présent, je me relève indemne, sous les yeux un peu ébahis de l'automobiliste qui a assisté à la scène, et de Richie qui a entrevu le saut pér''.
Bon. Quelques instants quand même pour apprécier le plaisir d'être en un seul morceau, chasser de sa tête les "et si...." qui vous glacent si facilement le sang, et rassurer Pascal, Richie, et tous les conducteurs interloqués qui ne manquent pas de ralentir pour venir aux nouvelles à la vue de la moto ainsi perchée.
Puis vient le temps du "pourquoi". Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi là ? Je ne faisais de mal à personne, je roulais normalement, je me m'arsouillais avec personne et encore moins avec moi-même, et pourtant je n'ai rien vu venir. Même pas pu la chance de tenter de rattraper le coup. Je me suis retrouvé le cul par terre avant même de comprendre ce qui m'arrivait. Sentiment d'injustice et de fatalisme à la fois. Je vois mal où j'ai 'fauté', je vois mal ce que j'aurais pu faire d'autre, mais je n'arrive pas à me satisfaire de la réponse "c'est comme ça, tu ne peux rien y faire" (c'est pas vraiment mon tempérament). Et puis je trouve ça un peu facile, aussi. D'autant qu'à la vue de l'endroit (
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rien d'autre que cette tâche d'humidité, un peu gramouillée certes, mais
exempte de gasoil. Notez au passage la trajectoire du pilote (en noir) et celle de la moto (en blanc).
A l'incompréhension se mêle une grande vexation, aussi. C'est ma première gamelle responsable sur route. Jusqu'à présent, soit l'accident avait été causé par un tiers, soit je me sortais sur piste. La je me suis gaufré comme un gros nul. Comme tout le monde ou comme n'importe qui. Malgré bientôt 11 ans de pratique. Malgré plus de 120,000 km sur toutes les routes et dans toutes les conditions. Cela n'a rien d'une révélation, finalement. Rien de spécial. Orgueil futile et déplacé que de ce croire à l'abris ou "au dessus" de ça. Mais ce genre de rappel est toujours un peu vexant.
La suite, c'est du classique. L'assistance, le camion, tout ça... je commence à connaître a manip' par coeur.
En attendant le camion on sort la moto de là et on essaie de se faire une idée des dégats.
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La partie cycle n'a pas l'air trop amochée. Il y a quelques traces de liquide de refroidissement mais pas de fuite franche. La fourche a l'air OK. Le levier n'est même pas cassé. En fait c'est le carénage et la boucle arrière qui ont absorbé toute l'énergie. Il faudra un passage au
marbre pour confirmer tout ça, mais à chaud il y a de quoi garder espoir, la moto ne finira pas à la poubelle. Et puis de toutes façon la K12R n'est pas sortie, je me vois mal fixer de la bagagerie sur une Black Magic, et je
n'arrive toujours pas à me décider entre une KTM Superduke et Adventure. Donc y'a pas moyen, faut que celle-ci dure encore un peu :)
Par contre je n'ai pas le coeur de rentrer en train, alors Richie m'accueillera sur sa selle pour le reste de la journée. Ca m'évitera de ressasser ces quelques secondes de malheur. Et de penser aux frais à venir, aux balades mises en péril, à la logistique associée, au temps et au fric qui vont y passer....
Merci sincère et chaleureux à Richie et Pascal pour leur soutient, leur attitude et le réconfort apporté. Disponibles, serviables, compréhensifs, présent, bref que du bon et une grande aide morale au vu des circonstances...
Maintenant il n'y a plus qu'à essayer de tirer le parti de tout ça, et de
remonter la moto au plus vite.
Chercher aussi à comprendre pourquoi j'ai fini au tas, et identifier ma part de responsabilité là-dedans. Essayer de digérer la chose pour continuer à profiter du plaisir de la moto sans psychoter. Essayer de ne pas faire non plus comme si de rien ne s'était passé et en tirer les bonnes leçon.
Et puis surtout, essayer de remonter cette moto au plus vite parce que bon, y a pas moyen, moi j'avais prévu de rouler au moi de mai, b*rdel !!
sml. En un seul morceau, et pas fâché de l'être.